Blog d'Expert

Pourquoi la bande n'est pas morte

Aujourd'hui, les disques capacitifs ont tellement baissé leurs coûts au gigaoctet et les processeurs sont devenus si puissants que stocker les sauvegardes sur cartouche ne semble plus se justifier. En effet, tous les logiciels de sauvegarde dé-dupliquent désormais très bien les données en supprimant l'écriture de tronçons de données déjà récupérés et compressant ces tronçons : La sauvegarde disque se retrouve désormais avec une moyenne d'environ 40% de stocké au lieu des 100% écrits, et souvent beaucoup moins dans le cas de bases de données, de snapshots ou autres images fréquentes.

Côté cartouches, retrouver des petits bouts de sauvegarde sur bande  génère des temps de restauration infiniment plus long que depuis disque : Souvenez-vous de la lenteur de vos cartouches vidéo à la maison, ou même de la recherche sur un DVD ! Le disque écrase la bande dans ce domaine.

Question coût, la cartouche est devenue abordable par rapport aux baies de disque et elle atteint des débits très intéressants. Par exemple, le LTO d'origine IBM a remplacé tous les anciens formats et représente de loin le standard du marché : On obtient une capacité de 6,4To pour une LTO7 en natif, soit plus de 12To du fait de la compression matérielle par le lecteur.

Trois raisons d'utiliser encore les cartouches magnétiques

 1- L'archivage : 

Il doit être fait dans la majorité des société. Souvent mensuel ou au pire annuel, il permet à la fois d'aller récupérer de vieux éléments mais aussi de prouver à la loi l'état de ses données et donc des affaires à une date antérieure. Les lois dérivées de Sarbanne-Oxley exigent ces longues conservations que le disque ne peut garantir aussi bien : En effet, la cartouche est infiniment plus robuste, pérenne dans le temps par son stockage statique et moins couteuse en capacité et en possession. Et la cartouche est le seul support informatique jugé suffisamment fiable* par la loi, concernant votre obligation de moyens ! 

 2- Le stockage quasi infini avec indexation : 

Aujourd'hui, les activités ont besoin de conserver des volumes immenses, mais avec un besoin de récupération facile, même si elle est plus lente. Certains éditeurs ont ainsi fait un système de fichier comme ceux des ordinateurs, mais dédiés aux bandes. Le plus connu et désormais accessibles aux constructeurs de lecteurs de cartouche est le LTFS d'IBM. Utilisé comme un système de fichier normal, et donc accessible avec un simple explorateur de fichiers, il permet de copier/coller ou de dupliquer** à intervalles réguliers sur des années et de récupérer en recherchant dans ces volumes au travers d'index évitant de dérouler les cartouches à la recherche d'éléments. Par suite, le gain en coût est aussi important que ce stockage devient large.

 3- La performance en sauvegarde et restauration : 

Oui, la bande est catastrophique en récupération d'un ensemble de fichiers répartis sur cartouche, c'est d'accord ! Mais lorsqu'il s'agit d'un flux continu comme des bases de données, cet ensemble de données s'écrira beaucoup plus vite sur cartouches que sur disques. Par exemple, une baie SSD vous donnerait du 500Mo/s en constaté réel sur des copies massives, là où un seul lecteur de cartouche LTO débite du 300Mo/s en natif. Sur une base de données qui se compresse par 3 ou 4 (par le lecteur sans latence), on dépasse donc le 1To/s. Et avec le logiciel approprié, on peut sauvegarder les bases (Oracle ou SQL par exemple) sur plusieurs lecteurs en parallèle. Le débit dépasse donc ce qu'une baie de production est capable d'envoyer en lecture, même si elle est en SSD.

Notes de l'expert :

 * La durée de vie du média est estimée à 30 ans et 20000 chargements/déchargements. J'ai personnellement restauré un grand volume de données sur des cartouches LTO2 écrites 8 ans auparavant, et sans une seule erreur.

** Au lieu de dupliquer les données,  on peut aussi les migrer via HSM et l'ILM lorsqu'elles deviennent anciennes ou très peu utilisées.